Le désherbage mixte en maïs: 60% d’herbicide en moins !

Dans un contexte où la qualité des eaux constitue un enjeu majeur et où le coût des traitements herbicides en maïs est en augmentation suite au départ de l’atrazine, le désherbage mixte se présente comme une alternative intéressante. A défaut de pouvoir se passer de l’utilisation des produits phytosanitaires, il est intéressant de mettre en œuvre des techniques qui permettent de réduire leurs doses et leur impact sur l’environnement. Le désherbage mixte en maïs est une opportunité.

 

La technique du désherbage mixte représente actuellement en Wallonie, environ 600 à 700 ha en maïs. La technique consiste à associer un binage dans l’interligne et un désherbage chimique sur une largeur de 10 cm de part et d’autre du rang. Cette pratique présente un avantage non négligeable en terme de réduction d’utilisation de produits herbicides. En effet, elle permet de réduire de 60 % les doses d’herbicides utilisées par hectare ainsi que d’éviter l’utilisation de la terbuthylazine. Avec cette technique, l’incidence sur les rendements est favorable (ils sont souvent meilleurs qu’en traitement chimique).

 

Les résultats vis à vis de la protection de l’eau sont bons car la dose de produit chimique utilisée est fortement réduite et le ruissellement est limité. Il reste le problème de la maîtrise de la machine et le temps passé pour réaliser l’opération. L’investissement collectif et l’utilisation d’un seul chauffeur peuvent faciliter souvent les chantiers.

 

Surveiller l'état de ses parcelles et Intervenir suffisamment tôt !

Pour avoir toutes les chances de son côté dans la réussite du désherbage, la technique du désherbage mixte impose que les adventices soient détruites avant que celles-ci ne commencent à puiser les ressources du sol. L’agriculteur ne doit donc pas attendre que les adventices soient trop grandes sinon la lutte contre ces adventices n’en sera que plus difficile (accumulation d’adventices devant les dents) et la culture du maïs souffrira de cette concurrence (exportation d’eau,…). Les jeunes adventices auront des racines moins développées entourées de moins de terre et qui dessècheront plus rapidement.

 

Deux passages de bineuse contre un seul en généralisé

Le désherbage mixte s’effectue en 2 passages. Dès que le maïs a atteint le stade 3ème – 4ème feuille visible et que les dicotylées ont atteint le stade 2ème à 4ème feuille, on peut envisager le premier traitement. Ce premier passage associe un traitement phytosanitaire sur la ligne de semis avec un désherbage mécanique entre les rangs de maïs. Celui-ci est réalisé sur jeunes adventices (cotylédons à 6 feuilles maximum). Un temps sec doit accompagner ce travail afin de permettre le dessèchement des plantules déracinées par la bineuse.

 

Mais attention, à l’inverse, il n’est pas recommandé de travailler sur un sol trop sec en surface si on veut éviter les dépôts de poussière, engendrés par le travail des dents, sur les adventices et réduisant ainsi l’action des herbicides. Il y a donc intérêt également à adapter la vitesse de travail aux conditions de la parcelle. Le deuxième passage se réalise au stade 7° - 8° feuilles visibles. Si le choix des substances actives et de leurs doses respectives ont été réalisés correctement lors du premier traitement, il est rare qu’une correction chimique soit nécessaire lors de ce second passage. Ce deuxième passage de bineuse est effectué pour détruire les nouvelles levées sur la partie traitée mécaniquement. Lors de ce deuxième passage, la vitesse d’avancement peut être augmentée.

 

Cette méthode de désherbage traite chimiquement environ 25 cm sur un interligne de 75 cm ce qui conduit à une réduction des doses d’herbicide de 2/3. Techniquement, il y a toutefois une correction à effectuer sur ce calcul théorique. S’il est vrai que la dose du produit radiculaire utilisée est bien réduite dans cette proportion, par contre pour une matière active agissant de manière prépondérante par contact, la dose par surface traitée doit être majorée de 15 à 20 % vu l’absence de terbuthylazine pour cette technique et donc une absence d’effet de synergie qui est exploitée dans le désherbage traditionnel.

 

Vu que ces substances de contact (sulcotrione, mésotrione, nicosulfuron) impliquent des doses de substances actives / ha plus faibles que les produits radiculaires (diméthénamid, métolachlore, flufénacet + métosulam) et qu’ils sont appliqués sur des adventices assez peu développées, l’augmentation de dose / ha pour compenser l’absence de triazine est généralement d’environ 5% de la dose totale appliquée, ce qui conduit bien à une diminution de dosage par hectare de +/- 60% par rapport aux traitements classiques actuels.

 

Produits interdits en désherbage mixte

Il est bon de rappeler qu’en désherbage mixte du maïs, l’emploi de produits à base de terbuthylazine est formellement interdit, à savoir le Bromoterb, le Gardo Gold, le Laddok T, le Terbuzon, ainsi que l’Aspect T et le Calaris récemment agréés.

 

Schéma de désherbage recommandé par le CIPF pour la technique du désherbage mixte

Les doses sont données par hectare biné. La dose appliquée en localisée est donc 2,5 à 3 fois plus élevée. En absence de  terbuthylazine, la dose des antidicotylées de contact (Mikado, Callisto) est augmentée de 10 à 20 % sur la partie traitée par rapport aux traitements en plein.

 

Stade 2° à 4° feuilles visibles

Mikado 0.35 litre ha + Terano 0.25 kg/ha (pour graminées non levées)

 

Stade 3° à 6° feuilles visibles

Mikado 0.35 l/ha + Samson extra 60 OD 0.17 l/ha + Frontier Elite 0.25 l/ha

Mikado 0.35 l/ha + Samson extra 60 OD 0.17 l/ha + Dual Gold 0.233 l/ha (meilleur contre ray-grass)

Callisto 0.3 l/ha + Samson extra 60 OD 0.17 l/ha + Frontier Elite 0.25 l/ha

Callisto 0.3 l/ha + Samson extra 60 OD 0.17 l/ha + Dual Gold 0.233 l/ha (meilleur contre ray-grass)

 

Ces traitements sont complets contre les dicotylées et graminées annuelles. Le Frontier Elite ou Duald Gold assurent une rémanence contre les levées tardives de sétaires, panics, vulpins et pâturins. L’Equip (0,6 l/ha) ou l'Accent (13 g/ha) peuvent remplacer le Samson extra 60 OD (0.17 l/ha). L'Equip sera utilisé de préférence avec le Mikado complété par Frontier Elite ou Dual Gold.

 

De bons résultats chez ceux qui la pratiquent

Les agriculteurs qui pratiquent cette technique réussissent généralement bien leur désherbage. Un désherbage mixte bien maîtrisé, n’engendre pas de concurrence par les adventices. Dans les redoublages ou en coin de parcelle, la bineuse est relevée pour recroiser les jets et éviter ainsi le salissement entre certaines lignes. Les principaux obstacles à l’extension de cette technique proviennent en fait de la relative facilité avec laquelle le maïs était désherbé jusqu’à présent en technique traditionnelle et le temps à consacrer durant de belles journées ensoleillées pour effectuer les deux passages de bineuse.

 

En effet, un traitement classique prendra entre 15 et 20 minutes à l’hectare (en moyenne) tandis que le temps d’un traitement par désherbage mixte sera multiplié par 3 ou par 4 (deux passages avec une bineuse dont les largeurs de travail sont comprises entre 6 et 8 rangs). Mais hormis cette vitesse de travail inférieure, il est bon de rappeler qu’en plus d’offrir une image positive de l’agriculture au grand public par une réduction de 60% des intrants chimiques, la technique du désherbage mixte apporte des avantages tant agronomiques qu’environnementaux. En effet, par le passage de la bineuse, cette technique permet une réduction très sensible des transferts de produits phytosanitaires hors de la parcelle, ainsi qu’une restructuration du sol en surface, une meilleure infiltration de l’eau et donc moins de ruissellement.

 

Par ailleurs, l’écroutage du sol permet une meilleure aération ce qui favorise la minéralisation ainsi qu’un réchauffement du sol favorisant un meilleur démarrage. Pour les agriculteurs disposant d’une bineuse ou pouvant en utiliser une sans de trop lourds investissements, la pratique du désherbage mixte est rentable pour les agriculteurs qui bénéficie d’un soutien financier tel qu’il était accordé dans le cadre du programme agri-environnemental précédent.

 

Une solution d’avenir face à la montée des coûts des traitements

Dans un contexte de coûts de traitements en augmentation dans le désherbage classique, le binage représente une alternative digne d’intérêt, et des arrangements entre deux agriculteurs pour utiliser un matériel en commun, peuvent favoriser un amortissement rapide de la bineuse. Au moment où les coûts des produits utilisés en désherbage classique atteignent les 100 euros dans bon nombre d’exploitations, le désherbage mixte se présente comme une solution d’avenir permettant d’optimaliser la croissance de la culture tout en gardant un sol suffisamment propre et en travaillant dans un meilleur respect de l’environnement.

 

Le sous-semis de graminées (Ray-grass)

Le semis de ray-grass sous couvert de maïs permet d’avoir à la fin de l’automne une culture intermédiaire efficace pour piéger l’azote résiduel et protéger le sol. Il constitue une alternative intéressante pour résoudre dans les parcelles sensibles les problèmes de perte d’azote ou d’érosion.

Quel que soit l’itinéraire de désherbage adapté, le ray-grass est semé lorsque le maïs a atteint le stade 7 à 8 feuilles.

 

La terre ameublie par le binage autorise le semis du ray-grass dans des conditions acceptables. Il est semé simultanément avec la bineuse en équipant celle-ci d’éléments semeurs. Les graines sont déposées sur le sol puis légèrement enfouies par le peigne constitué de dents flexibles. Le semis à la volée est irrégulier sauf si les graines de ray-grass sont alourdies par un enrobage d’argile.

 

Compte tenu du temps que met le ray-grass à lever, le maïs a alors atteint le stade 12 – 13 feuilles. A ce stade, il ne peut plus être concurrencé par la présence du ray-grass. Celui-ci reste en sous étage à l’ombre du maïs avec un développement de +/- 10 cm. Si les conditions de sol sont portantes à la récolte, le ray-grass peut démarrer sa croissance dès le départ du maïs et jouer son rôle de protection du sol et de piège à nitrates
Les ray-grass (italien ou hybride) sont les espèces les plus intéressantes car elles résistent assez bien aux agressions des matériels de récolte du maïs ensilage. La densité de semis sera de l’ordre de 20 Kg/ha.

 

La technique du sous-semis de graminée présente une contrainte supplémentaire pour le contrôle des adventices, puisque les produits tels que le Samson, l’Equip, le Frontier Elite, ou encore le Dual Gold détruisent ou empêchent la levée de la graminée destinée à jouer le rôle de piège à nitrates ou à réduire les risques d’érosion. Le Mikado offre le plus large spectre de dicotylées et a montré au cours des 5 dernières années une bonne sélectivité à la dose d’un litre sur tous les ray-grass testés. En présence de mercuriales ou de matricaires, il est préférable d’ajouter 0,5  l de Bromotril au Mikado 0.8 l.

 

Le Bromotril rend toutefois le traitement un peu plus agressif vis à vis du maïs. Il faut éviter de  l’appliquer en plein soleil ou sur des maïs souffrant du froid (risque de brûlures mais pas d’effet néfaste sur le rendement). Le Stomp (de 2 à 2,5 l/ha) est également sélectif du ray-grass et peut apporter une rémanence utile (sol humide indispensable) sur des parcelles avec une présence importante de mercuriales, amarantes ou graminées estivales (panic,…). Il est associé au Mikado jusqu’au stade 6ème feuille visible. Attention, ces doses par hectare sont préconisées lors d’un désherbage classique. S’il y a combinaison du sous-semis avec le désherbage mixte, il est important de diviser ces doses par trois.

 

Le CIPF se tient à la disposition des agriculteurs pratiquant cette technique dans le cadre du programme agri-environnemental précédent (encore en cours pour certains). Des informations et conseils peuvent être obtenus en appelant le CIPF au 010/47.34.62 ou au 010/47.38.40

 

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Dernière mise à jour @ 03/05/2018