CIPF
Centre indépendant de promotion fourragère
Structure et vie du sol en culture de silphie
Cette fiche décrit trois évaluations spécifiques relatives à la structure et à la vie du sol en culture de silphie. Il s’agit d’approches générales nécessitant d’être élargies et confirmées car reposant sur un nombre limité d’observations effectuées sur différentes parcelles d’essai. Néanmoins, les tendances présentées s’appuient sur des méthodologies rigoureuses et des échantillons représentatifs. Ces évaluations ont été effectuées par l’asbl Greenotec avec l’appui du CIPF.
Au niveau de la structure du sol, des QuantiSlake Tests ainsi que des tests VESS (Evaluation Visuelle de la qualité de la Structure du Sol) ont pu être réalisés à la fois dans une culture de silphie ainsi que dans des cultures annuelles plus traditionnelles (céréales) situées sur des parcelles identiques (comparaisons possibles). Au niveau de la vie du sol, les populations de vers de terre ont également pu être évaluées sur ces mêmes parcelles, à la fois dans la silphie et dans les céréales. Dans un souci de clarté, ces différentes évaluations sont présentées séparément ci-dessous. Pour plus de précisions, les liens vers les différents protocoles d’essai sont référencés en fin de fiche.
A) Le QuantiSlake Test :
Le QuantiSlake Test, développé par le CRA-W et régulièrement réalisé par l’asbl Greenotec, permet d’analyser de manière quantitative la résistance d’un sol à son immersion dans l’eau et ainsi d’en évaluer la stabilité structurale. Concrètement, un volume normalisé de terre est prélevé et séché. Après séchage, le bloc de terre est immergé dans un panier disposé dans un récipient d'eau claire. On mesure alors en temps réel et en continu la perte de masse dans l'eau. Ce test est surtout utilisé pour comparer les effets des différentes pratiques de gestion des sols.
Prélèvement, séchage et mesure de la stabilité structurale

Photographies : Greenotec
Dans le cas qui nous occupe il s’agit plutôt de comparer la stabilité structurale d’un sol issu d’une culture pérenne comparativement à celui issu d’une parcelle cultivée avec des espèces annuelles. Des prélèvements effectués systématiquement en 4 répétitions ont été effectués sur 2 parcelles distinctes en sortie d’hiver. La première est cultivée avec de la silphie d’une part et de l’escourgeon d’autre part. Sur la seconde, la culture annuelle est cette fois du froment d’hiver tandis que la silphie est également cultivée sur une partie de cette même parcelle. Notons que les prélèvements ont été effectués en dehors des traces de roues laissées par les engins agricoles. À ce titre, il est important d’insister sur le fait que l’application de digestats en sortie d’hiver peut fortement impacter la qualité structurale des sols si celle-ci est effectuée dans de mauvaises conditions.
Les résultats sont présentés sur les graphes suivants :
QuantiSlake Test (évaluation de la stabilité structurale des agrégats) : Graphiques
N.B : Afin de conserver le caractère synthétique de cette fiche, les graphes suivants sont présentés de manière simplifiée. Il s’agit ici de présenter la tendance globale des différentes courbes.

L’axe des abscisses représente le temps de dégradation de l’échantillon, tandis que l’axe des ordonnées indique son poids relatif. Les courbes bleue, mauve, rouge et verte traduisent donc l’évolution du poids relatif de chacune des mottes de terre prélevées, une fois plongées dans l’eau. Les graphiques révèlent très clairement la stabilité structurale importante des mottes de terre issues de la culture de silphie. Lors de ces mesures, les cutures de silphie étaient en place depuis 3 années sur chacune des deux parcelles étudiées (semis 2021 et prélèvements 2024). Cette stabilité structurale favorable est un très bon indicateur de la capacité d’un sol à résister à l’érosion.
B) Le Test VESS :
Le test VESS (Evaluation Visuelle de la qualité de la Structure du Sol) est une méthode de test à la bêche servant à déterminer la qualité des sols (Sq) en se basant sur les agrégats et la porosité. Ce test permet de comparer la structure des sols de différentes parcelles ou, dans notre cas, d’une même parcelle cultivée différemment selon la portion considérée (culture pérenne de silphie d’une part et culture annuelle d’une céréale d’autre part). Globalement, l’évaluation « VESS » classe les sols selon 5 niveaux qualitatifs allant de « Sq1 » (sol très bien / friable) à « Sq5 » (sol très mauvais / très compact). Pour chaque modalité, le test VESS a été réalisé à 4 reprises dans les essais menés.
Sur le premier site étudié (Houtain-le-Val), les différences entre horizons et les notations attribuées aux structures de sol relatives à la silphie et à l’escourgeon sont fort proches l’une de l’autre. Sur le second site (Louvain-La-Neuve), les limites entre horizons observées sont différentes pour la culture de silphie et de froment. Le froment présente une meilleure notation de la structure du sol pour l’horizon superficiel tandis qu’il présente une moins bonne notation que celle obtenue par la silphie pour l’horizon inférieur.
Globalement, on ne constate dès lors pas encore d’amélioration structurale visuelle marquée due à la présence de silphie depuis 3 ans sur les sites étudiés. Cette évaluation visuelle « VESS » ne permet donc pas à l’heure actuelle de confirmer les résultats favorables obtenus à l’aide du QuantiSlake test où une très nette amélioration de la stabilité structurale est mise en évidence. Notons que ce test VESS reste un test simple et rapide, sujet à interprétation.
C) Le Test « Vers de terre » :
Le test « Vers de terre » est une méthode simple et efficace qui donne une indication indirecte sur la qualité de la structure du sol : en favorisant la porosité et l’agrégation des particules, les vers de terre facilitent l’infiltration de l’eau dans le sol, limitant ainsi sa sensibilité à l’érosion.
Dans le cadre de cette étude, des tests « vers de terre » ont été menés sur les 2 même sites que ceux détaillés aux points A et B. Deux protocoles différents ont été couplés afin d’obtenir une évaluation la plus correcte possible. Le premier protocole est basé sur l’application de moutarde diluée dans de l’eau et appliquée sur le sol. Les vers de terre n’appréciant pas la moutarde, ils remontent à la surface et sont alors dénombrés. Le second protocole consiste à extraire un volume précis de terre et à émietter l’ensemble afin de pouvoir compter chaque vers de terre présent. Ces tests ont donc systématiquement été réalisés dans la partie « silphie » et dans la partie « céréale » de chacune des 2 parcelles étudiées.

Photographies : CIPF
Sur le premier site, les comptages montrent une densité de vers de terre plus élevée dans la partie « silphie » que dans la partie « escourgeon ». Ce résultat s'explique vraisemblablement par l’absence de travail du sol depuis trois ans dans la culture de silphie, contrairement à l’escourgeon, semé six mois plus tôt après un labour profond. Sur le second site, on observe également une plus forte présence de vers de terre dans la silphie que dans le froment d’hiver. Là encore, aucun travail du sol n’a été réalisé depuis le semis de la silphie également effectué trois ans plus tôt. Sur les deux sites, l’absence de travail du sol apparaît clairement comme un élément favorable au développement des populations de vers de terre.
Au-delà du caractère pérenne de la silphie directement lié à l’absence de travail du sol, cette culture semble particulièrement favorable au développement des vers de terre. Cette observation repose sur une nouvelle analyse menée sur le second site où une autre culture pérenne, le miscanthus giganteus, est également présente. Bien que le miscanthus ait été implanté deux années avant la silphie, les comptages révèlent une plus forte présence de vers de terre sous la silphie. Le graphique ci-dessous synthétise l’ensemble des résultats.

En conclusion, à l’exception du test VESS pour lequel les résultats sont globalement neutres, les différents tests détaillés dans cette fiche mettent en évidence les effets bénéfiques de la culture de silphie sur la qualité des sols. Les observations montrent une amélioration de la structure du sol et une présence accrue de vers de terre, en lien avec l’absence de travail du sol et très probablement avec les caractéristiques propres à la silphie. Parmi celles-ci, son système racinaire profond (racines observées à plus de deux mètres de profondeur) joue un rôle clé dans la structuration du sol et le maintien de son activité biologique. Ces premiers résultats demandent néanmoins à être confirmés par des suivis à plus long terme et sur un plus grand nombre de sites.
Liens vers les différents protocoles d’essai mis en œuvre :
Le test bêche VESS :
https://wiki.tripleperformance.fr/wiki/R%C3%A9aliser_un_test_b%C3%AAche_-_VESS
Le QuantiSlakeTest :
Méthode d’observation et de comptage des vers de terre :
https://agriculture-de-conservation.com/Observatoire-Participatif-des-Vers-de-Terre.html
Fiche rédigée par : Gilles Manssens (CIPF) et François Dessart (Greenotec) dans le cadre des travaux menés par l’Observatoire wallon de la silphie (2021-2025)
Partenaires du projet et de l’Observatoire wallon de la silphie :

Avec le soutien de :

SPW Direction du développement durable
Cabinet de l’Environnement, de la Nature, de la Forêt,
de la Ruralité et du Bien-Être animal
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Dernière mise à jour @ 24/02/2026