CIPF
Centre indépendant de promotion fourragère
Actualités et évolutions au niveau des produits disponibles
1. Une nouveauté : Lortama
Cette nouvelle association, commercialisée par Corteva Agriscience, contient 40 g/l de nicosulfuron, 9,64 g/l de thifensulfuron-méthyle, 3,97 g/l de florpyrauxifen-benzyl et 9,05 g/l d’isoxadifen-éthyl. Elle combine ainsi deux sulfonylurées inhibitrices de l’ALS, bien connues et utilisées de longue date, avec une nouvelle substance active, le florpyrauxifen-benzyl, qui fait son entrée dans les programmes de désherbage du maïs. Dans un contexte marqué par la rareté des nouvelles matières actives, cette arrivée constitue une évolution notable.
Le florpyrauxifen-benzyl appartient à la famille des arylpicolinates et se distingue par un mode d’action inédit. Il agit en mimant les auxines naturelles, perturbant la croissance des adventices sensibles, ce qui provoque leur développement anarchique puis leur destruction. Absorbé exclusivement par voie foliaire, il présente en outre un profil environnemental favorable, avec une dégradation rapide dans le sol et une faible mobilité.
Homologuée à la dose maximale de 1 l/ha, cette spécialité s’utilise du stade 2 feuilles à 8 feuilles visibles du maïs et se formule sous forme de dispersion huileuse (OD). Son utilisation implique le respect d’une zone tampon de 20 mètres vis-à-vis des eaux de surface ainsi que le recours à des buses antidérive assurant une réduction d’au moins 75 % de la dérive.
Les essais conduits depuis plus de quatre ans par le CIPF confirment une bonne efficacité sur un large spectre d’adventices, notamment les panics, pâturins, chénopodes, mourons, matricaires, érodiums et géraniums.
2. Autorisation temporaire du Frontier Elite en incorporation sur souchets comestibles.
A la demande du plusieurs Centres de recherche et de vulgarisation en Flandre, le Frontier Elite a obtenu une dérogation 120 jours à partir de ce 1 avril 2026 pour l’incorporation à 10 cm dans le sol du Frontier Elite à la dose 1,2 l/ha dans le cadre de la lutte contre souchet comestible. Cette incorporation ne peut être réalisée qu’une seule fois, tous les 36 mois.
3. Retrait des autorisations de l'association flufénacet + therbuthylazine.
Après le retrait du S-métolachlore et de son association avec la terbuthylazine en juillet 2024, c’est au tour de l’association flufénacet+terbuthylazine (Aspect T, Andes et Promess) de disparaitre en culture de maïs cette année, réduisant les solutions disponibles
Les produits à base de flufénacet+terbuthylazine représentaient jusqu’à l’an dernier une des principales bases du schéma des traitements appliqués à la fois en préémergence et en postémergence, dans le cadre de la lutte contre les graminées annuelles par action racinaire. Ils permettaient de contrôler les levées de panics pied-de-coq, panics schinzii, sétaires verticillées, sétaires vertes, digitaires filiformes, digitaires sanguines, vulpins et ray-grass (résistants ou pas) mais aussi les levées .
Avec le retrait du S-métolachlore et du flufénacet, seules 2 substances actives de la famille des chloroacétamides demeurent utilisables de la préémergence à la postémergence : le dmta-p (Frontier Elite) et le péthoxamide (Juan, Koban, Mojang, Successor 600).
Jusqu’au stade 3 – 4 feuilles de la culture et lorsque les conditions sont favorables à une efficacité optimale (pluviométrie régulière), le niveau de contrôle du dmta-p est assez similaire sur ces graminées. Par contre, bien que satisfaisante, l’efficacité du péthoxamide est un peu plus faible surtout en cas de sécheresse ou lorsque les densités en adventices sont trop élevées.
Ces deux substances actives ne semblent pas prêtes d’être retirées du marché puisque leur agréation au niveau belge court jusqu’en 2034 pour la pethoxamide et jusqu’en 2035 pour le diméthénamid P. Toutefois, pour garantir leur usage à court et moyen terme, certaines recommandations d’usage doivent être respectées.
Pour le diméthénamid P, la dose maximale qui peut être appliquée est de 1 kg par hectare et par 12 mois (soit 1,4 l/ha/an de Frontier Elite). Concernant la péthoxamid, cette dose est de 1,2 kg par ha par 24 mois (soit 2 l de Successor 600 par ha/24 mois).
Les autres herbicides racinaires agréés en Belgique contiennent de l’isoxaflutole (Adengo TC Max) ou de la pendiméthaline (Stomp Aqua).
Dans le cadre de la lutte contre les graminées annuelles, l’Adengo TC Max 0,22 l offre une efficacité comparable voire supérieure contre les ray-grass, vulpins et pâturins à celle du Frontier Elite 1,4 l mais il ne peut être appliqué au-delà du stade 3° feuille visible du maïs pour maintenir une bonne sélectivité. Le Stomp Aqua 2,5 l est très dépendant des conditions d’humidité du sol et apportera plutôt un renforcement contre les dicotylées dont les arroches étalées, chénopodes blancs, ...
4. La protection phytosanitaire en culture de maïs est-elle concernée par les PFAS ?
Depuis deux à trois ans, les PFAS suscitent une inquiétude croissante en matière de santé humaine et environnementale. Ces substances regroupent une très large famille de composés chimiques, comprenant plusieurs milliers de molécules. Elles se caractérisent toutes par la présence d’une ou plusieurs liaisons carbone-fluor, extrêmement stables, qui limitent fortement leur dégradation naturelle, d’où leur appellation de « polluants éternels ».
Les PFAS présentent des propriétés remarquables : résistance à des températures élevées, imperméabilité, caractère lipophobe, propriétés antitaches et antiadhésives. Ces caractéristiques expliquent leur utilisation massive par l’industrie depuis les années 1950. Aujourd’hui, ils sont omniprésents dans de nombreux secteurs, notamment les textiles imperméables, les emballages alimentaires, les cosmétiques, les mousses anti-incendie, les revêtements antiadhésifs, mais également dans le domaine agricole via certains produits phytopharmaceutiques.
Certains PFAS peuvent se dégrader en métabolites de très petite taille, notamment le TFA (acide trifluoroacétique), une molécule extrêmement persistante dont les concentrations dans l’environnement augmentent de manière continue. Bien que le TFA soit actuellement considéré comme faiblement toxique pour l’homme et l’environnement, et qu’il ne fasse pas l’objet de normes strictes pour l’eau potable, des études récentes suggèrent un possible effet sur le développement, observé notamment chez le lapin. Ces résultats soulèvent des interrogations et font actuellement l’objet d’évaluations complémentaires au niveau européen. Les conclusions de l’EFSA, attendues d’ici mi-2026, pourraient avoir des implications importantes pour l’autorisation de certaines substances actives.
En Belgique, une étude du SPF Économie et Santé publique (décembre 2023) estime l’utilisation totale de PFAS à environ 8 330 tonnes tous secteurs confondus, dont plusieurs centaines de tonnes pour le secteur agricole (moins de 6 %). À ce jour, 29 substances actives de type PFAS sont commercialisées dans les produits phytopharmaceutiques. En culture de maïs, cela concerne notamment trois herbicides (isoxaflutole, prosulfuron et tembotrione) ainsi que deux insecticides (téfluthrine et lambda-cyhalothrine). Il n’a toutefois pas encore été démontré que toutes ces substances actives qui sont PFAS forment également du TFA en tant que métabolite.
Parmi les cinq matières actives concernées en maïs, quatre sont en cours de renouvellement d’approbation au niveau européen. Leur avenir devrait être décidé dans les prochaines années. Toutefois, actuellement, ils restent agréés et donc utilisables pour cette saison.
5. Limitation pour l'application de la terbuthylazine.
Depuis le 21 mai 2021, un nouveau règlement d’exécution de la Commission concernant les conditions d’approbation de la substance active « terbuthylazine » a été voté afin d’éviter la contamination des eaux souterraines
Faisant suite à cette décision, le Comité d’agréation avait revu les autorisations de l’ensemble des produits à base de terbuthylazine pour en limiter l’usage à une seule application tous les trois ans sur une même parcelle et à une dose maximale de 750 gr/ha à partir de 2022 avec effet rétroactif. Les utilisateurs doivent tenir compte des applications effectuées les années précédentes sur une même parcelle.
Cette restriction s’appliquant depuis 2022, cela signifie que les agriculteurs qui ont utilisé un produit à base de terbuthylazine sur une parcelle en 2024 et 2025, ne pourront pas appliquer cette matière active en 2026.
Sont concernés par cette modification les produits suivants : Akris, Calaris, Callistar, Click pro et Click Premium.
6. L'utilisation de la terbuthylazine le long des cours d'eau reste conditionnée par l'implantation d'une bande enherbée.
Depuis la publication du communiqué de presse du SPF du 30 octobre 2015, tout agriculteur qui souhaite appliquer un produit à base terbuthylazine sur une parcelle qui longe une eau de surface se voit contraint d’implanter une zone tampon végétative de 20 m de largeur le long de celle-ci. Dans ce cas, sont considérées comme eaux de surface, toutes les eaux stagnantes et les eaux courantes à la surface du sol. Il s'agit donc des cours d'eau classés ou non classés (fleuves, rivières, ruisseaux, ...), des lacs, des étangs, des mares, mais également des masses d'eau « artificielles » telles que les canaux et les collecteurs (égouts, réseaux de drainage, fossé humide, ...). Les wateringues, les fossés de drainage artificiels et les fossés de bords de route lorsqu’ils sont humides lors de l’application sont bien repris comme eau de surface et sont donc également soumis à l’implantation de cette zone tampon enherbée.
7. La terbuthylazine, une matière active en sursis, à utiliser avec précautions !
Bien qu’agréée uniquement en association, la terbuthylazine présente divers avantages. En effet, elle renforce l’efficacité des produits de contact et accélère la vitesse d’action des partenaires. Elle est efficace contre des adventices généralement moins sensibles aux produits de base d’un traitement maïs (Callisto, Laudis). Le pâturin, l’anthémis, le géranium, l’érodium, la matricaire, la mercuriale, la pensée, la renouée des oiseaux, la renouée liseron, la véronique, le coquelicot en sont des exemples. Bien que plus difficilement complet, le désherbage sans terbuthylazine est toutefois possible moyennant certaines adaptations. Depuis de nombreuses années, le CIPF met en place des essais visant à se passer de la terbuthylazine sur différentes flores.
De manière générale, sans terbuthylazine, il est indispensable de traiter sur des adventices plus jeunes, d’adapter les associations et les doses en fonction de la flore présente. Depuis la mise en place de cette mesure, peu de bandes enherbées ont été implantées. La plupart des agriculteurs soumis à cette contrainte ont préféré opter pour des traitements sans terbuthylazine. En 2025, selon nos sources, environ 75% des surfaces maïs en Wallonie ont été traitées sans terbutylazine.
8. L’éco-régime « Réduction d’intrants » en culture de maïs !
Dans le cadre de la PAC, (2023-2027), de nouvelles aides, appelées éco-régimes avaient été mises en place. Parmi celles-ci figure l’éco-régime « Réduction d’intrant » qui consiste en une prime octroyée lorsque l’agriculteur s’engage soit à n’appliquer sur ses parcelles de terres arables et cultures permanentes, aucun produit phytopharmaceutique repris dans une liste constituée de molécules à « prohiber » ou soit avoir recours à des techniques de désherbage mécaniques au minimum à deux reprises au cours de la période de maintien de la culture. Les molécules prohibées sont celles considérées comme « à substituer » dans la réglementation européenne.
La liste officielle des molécules prohibées dans cet Eco-Régime pour l’année 2026 se retrouve à l’article 10 de l’Arrêté ministériel du 27 février 2025. Chaque année, l’asbl Corder est chargée de sortir une liste des produits phytosanitaires qui contiennent ces molécules au regard de leur utilisation dans les cultures présentes en Wallonie. Une nouvelle liste de produits prohibés mise à jour le 5 janvier 2026 est consultable sur le sites de CORDER .
Concernant la culture de maïs, cette nouvelle liste reste identique à celle publiée l’année passée.
Comme l’an dernier, les semences traités avec REDIGO M et/ou KORIT peuvent être utilisées dans le cadre de cet Eco-régime. Cette possibilité rend la mise en application de celle-ci bien plus aisée. En effet, sur base de la liste reprise ci-dessous (Tableau 2) synthétisant l’ensemble des produits utilisables pour cet Eco-régime, il est possible de composer des traitements tout à fait complets.
A titre d’exemple en post précoce une association de type Callisto 100SC 0,7 l/ha + Monsoon active 0,75 l/ha + Frontier Elite 0,8 l/ha renforcée si nécessaire par un Kart 0,75 l/ha ou Onyx 0,5 l/ha peut entrer dans cette mesure.
Dernière mise à jour @ 05/05/2026