Le maïs tient une place importante dans le paysage agricole wallon. Depuis plusieurs années, de nouvelles techniques culturales se développent. Celles-ci visent notamment à réduire l’impact environnemental de la culture tout en maintenant les rendements actuels ou même en les augmentant grâce aux progrès constants de la sélection (gain annuel potentiel en maïs fourrage de 170 kg de MS par hectare et par an).

 

 

Avant de détailler ces pratiques nouvelles, quelques chiffres de l’occupation de la SAU wallonne et de la place qu’y occupe le maïs ainsi ue les autres cultures majeures (valeurs 2018). En Wallonie, plus de 300.000 hectares sont dédiés aux prairies permanentes (43 % de la SAU). Derrière celles-ci, la culture de froment d’hiver approche 122.000 hectares (17 % de la SAU) tandis que la culture du maïs fourrager et du maïs grain avoisine 60.000 hectares (8 % de la SAU). Pour compléter le « Top 5 », les betteraves sucrières et les pommes de terres occupent de l’ordre de 42.000 hectares chacune (2 * 5 % de la SAU). Ces chiffres indiquent l’importance de ces spéculations au sein de notre agriculture.

 

 

D’un point de vue environnemental, le maïs est parfois considéré comme le mauvais élève de la classe, principalement pour sa sensibilité à l’érosion et ses besoins élevés en eau et fertilisants. Ce constat doit cependant être nuancé car, contrairement à d’autres cultures, le maïs ne nécessite que très peu de traitements phytosanitaires. Excepté sur sols sablonneux ou très schisteux, il fournit également la garantie d’obtenir des rendements élevés même lors d’années où la pluviométrie est déficitaire. En Wallonie, le maïs est produit sans irrigation. Vu son cycle relativement court, il consomme moins d’eau que la plupart des autres grandes cultures. À titre d’exemple, il faut 240 litres d’eau pour produire 1 kg de maïs fourrage, 454 litres pour 1 kg de maïs grain, 524 litres pour 1 kg d’orge et 590 litres pour 1 kg de blé.

 

Au travers d’essais en champs, le CIPF essaie continuellement de parfaire les pratiques agricoles de façon à allier production rentable et production durable de maïs. Avec le soutien de la Région wallonne et de programmes européens, le CIPF et ses partenaires proposent de nouvelles solutions pour la culture du maïs. Parmi celles-ci, la mise au point de techniques visant à réduire le ruissellement et l’érosion (Eruistop et Interreg Duramaïs), l’implantation de sous-semis simultanément au maïs (MaïSolVert), la protection biologique des semences (Probiom), les couvertures végétales des silos (SilCoGreen) et le désherbinage (MAEC MB6) vous sont présentées ci-dessous :

 

Limiter le ruissellement et l’érosion des sols en culture de maïs

  

Le semis tardif du maïs (15 avril -15 mai) et l’écartement important entre les rangs induit un faible taux de recouvrement du sol durant le printemps. Sur parcelle en pente, il est donc conseillé d’adopter des pratiques qui permettent de limiter le ruissellement et ainsi de réduire le risque d’érosion hydrique. Parmi ces pratiques, le CIPF et les établissement LSM de Herchies ont mis au point un rouleau spécifique qui permet la création de monticules et de creux entre les rangs de maïs. Ceux-ci forment en réalité une multitude de micro-barrages qui favorisent l’infiltration de l’eau et retardent le déclenchement du ruissellement. Cette technique permet de réduire considérablement l’érosion des sols lors d’orages violents. Notons également que réduire le ruissellement et l’érosion induit une diminution du transfert des résidus de produits phytosanitaires vers le réseau hydrographique en aval. L’apport régulier de matière organique et la limitation du travail du sol (non-labour par exemple) sont également des pratiques qui permettent de stabiliser les agrégats et ainsi   de protéger les sols.

 

La protection biologique des semences de maïs

 

Le département ELI de l’UCL et le CIPF étudient la possibilité d’utiliser un champignon non pathogène du maïs (Trichoderma atroviride) comme agent de bio-contrôle en traitement de semences. L’objectif est de réduire la fonte des semis due aux fusarium ou pythium. Parmi les trois objets testés dans les essais n champs (semences non traitées, semences traitées avec fongicide et semences inoculées avec l’agent de bio-contrôle), le traitement fongicide assure la meilleure protection. Cependant, les résultats obtenus par l’agent de bio-contrôle sont des premiers pas intéressants. Le CIPF se penche également sur la recherche de solutions répulsives sur semences contre les attaques de corvidés.

 

La couverture végétale des silos de maïs

 

Ici, l’objectif est clairement de réduire l’utilisation de plastiques et de pneus usagés sur les silos d’ensilage de maïs. Depuis 2018, le CIPF et la clinique des plantes de l’UCL comparent la conservation de l’ensilage sous bâche plastique et sous végétales. Une dizaine d’agriculteurs partenaires participent au projet. Parmi les couvertures végétales évaluées, la combinaison d’une ouche de pulpes de betteraves et d’un semis d’escourgeon sur le silo de maïs est très intéressante. La chaleur et l’humidité des pulpes induisent une germination rapide de l’escourgeon. Il se forme alors une couche protectrice qui peut également être consommée par le bétail (pas de travail de débâchage). L’application d’une couche de pelures de pommes de terres sur le silo de maïs est également efficace. Les premiers résultats obtenus chez les agriculteurs et dans les fermes universitaires de l’UCL montrent que les développements de moisissures sur les silos avec couvertures végétales restent limités si les silos sont bien conçus (silos hauts et bombés). L’expérimentation montre qu’il est tout à fait possible de se passer des couvertures plastiques sur les silos d’ensilage de maïs (plus facilement en élevage viandeux qu’en élevage laitier). De nouvelles adaptations sont encore à l’étude.

 

Le désherbage mixte ou désherbinage

 

Même si les traitements phytosanitaires sont peu nombreux en culture de maïs (généralement un seul traitement herbicide), il est encore possible de réduire de 2/3 la quantité de produits utilisée et ce, grâce à la pratique du désherbage mixte. Cette pratique consiste à désherber mécaniquement dans l’interligne et chimiquement sur la ligne. Elle n’est possible que si les conditions météorologiques le permettent (temps sec). Concrètement, un premier passage de bineuse est réalisé au stade 4ième feuille du maïs. C’est lors de ce passage que le désherbage chimique sur la ligne de semis est réalisé (12,5 cm de chaque côté de la ligne). Le second passage de bineuse s’opère entre le stade 6ième et 8ième feuille du maïs. Habituellement, il n’y a plus lieu de désherber chimiquement sur la ligne lors de ce second passage. Depuis la saison culturale 2019, une méthode agro-environnementale et climatique (MB6) a pour objectif d’inciter le désherbage mécanique des cultures sarclées. Elle permet de percevoir une compensation financière de 240 euros par hectare désherbé mécaniquement (2 passages de bineuse). Vu le retrait du Mesurol à partir de 2020, cette mesure sera plus facilement accessible vu qu’elle impose la non utilisation d’un insecticide. Outre son action répulsive, le Mesurol (methiocarb) avait également une action insecticide contre l’oscinie et la mouche des semis. Les sous-semis en culture de maïs. Vu la récolte relativement tardive du maïs, il est généralement difficile d’implanter un couvert hivernal efficace près cette culture (excepté dans le cas où le maïs est suivi d’une céréale d’hiver). Il est cependant possible d’anticiper l’implantation du couvert dès le semis du maïs. Il s’agit de la pratique des sous-semis. Concrètement, deux options sont possibles : soit implanter le sous-semis en même temps que le maïs, soit implanter celui-ci au stade 6ème feuille du maïs (par exemple, lors du second passage de bineuse décrit dans le paragraphe précédent). Le sous-semis profite alors de la lumière et de la douceur du printemps pour germer et entamer sa croissance. Il stoppe ensuite son développement lorsque le maïs ferme ses lignes dans le courant du mois de juillet. Finalement, le sous-semis reprend son développement au mois d’octobre après la récolte du maïs. Cette pratique permet donc de bénéficier de la présence d’un couvert hivernal après une culture de maïs. Elle permet également de valoriser le sous-semis en tant que culture intermédiaire piège à nitrates (CIPAN) en surface d’intérêt écologique (SIE).

 

Les différentes thématiques présentées dans cet article donnent un rapide aperçu des opportunités nouvelles pour la culture du maïs. Si vous désirez davantage d’informations à propos de l’un ou l’autre sujet, n’hésitez pas à prendre contact avec notre équipe.

 

CIPF asbl

 

Croix du Sud, 2 bte L7.05.11
1348 Louvain-la-Neuve
+3210473462 ou +3210473840

Dernière mise à jour @ 11/05/2021